Kyle Bobby Dunn – From Here to Eternity

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From Here to Eternity est le premier LP du canadien Kyle Bobby Dunn en cinq ans. Le temps a passé très vite depuis le somptueux …and the Infinite Sadness (Students of Decay) qui avait hissé l’artiste au rang des plus beaux compositeurs de la scène ambient.  Mais cette attente est aujourd’hui largement comblée par cet ovni musical de près de trois heures. Le son unique du Montréalais prend toute sa dimension dans les longues compositions de « From Here to Eternity », qui insufflent une ambiance à la fois tranquille et oppressante. Souvent léger et humoristique dans l’appellation de ses morceaux « Zendel Holyday Hangover Toccata » ‘Videodrone des questions », Kyle Dunn l’est beaucoup moins dans sa vie et son approche de la musique. Sur ce nouvel album, l’artiste explore le conflit perpétuel de nos émotions et de nos conditions d’êtres humains, qu’il aborde notamment dans ce témoignage :

I’d go to escape and look at the Riviere des Prairies and Laval on the other side of the island. It’s incredibly beautiful, but it also filled me with hopelessness and a sense of unease. A lot of the tracks might do that to the listener.

Le drone ambient de Kyle Dunn est toujours aussi cinématique, l’on se sent à la fois proche observateur et placé en retrait de ses compositions éthérées. Certains morceaux sont munis d’une atmosphère légère et éclairée tandis que d’autres sont marqués par des monolithes sombres à l’ambiance pesante. Pour apporter de nouvelles approches à ses compositions, l’artiste a invité des artistes amis dont notamment Mark Nelson (Labradford, Pan American) et Thomas Meluch.

Cet album sera sans doute pour moi, le meilleur album ambient de l’année. Il est édité par le label américain Paste Inside the Present qui le propose en formats vinyle et cd très classieux.

anthéne – weightless

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Fondateur du label Polar Seas recordings, et du duo North Atlantic Drift, le canadien Brad Deschamps compose aussi depuis quelques années une ambient lumineuse sous le nom de plume anthéne. Ce nouvel album composé lorsqu’il attendait la naissance de sa fille, a été pensé comme un disque qui l’aiderait à s’endormir. Ce travail, très personnel dans son dessein, se ressent par sa simplicité et sa plénitude.
Les nappes de synthétiseurs, et boucles de guitares accompagnées de reverb et de field recordings donnent une dimension aérienne à l’ensemble, et nous plonge dans une atmosphère onirique propre aux meilleurs compositions de musique ambient. On est ici pas très loin du maître Brian Eno , notamment sur les titres puissants « coat of arms » et « wind catcher ». anthéne a réalisé ici un album d’une grande minutie avec une musique qui parle au cœur. Un ajout de choix dans l’univers du label Home Normal.

Federico Mosconi – Light not Light

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Le label hollandais Shimmering Moods sort des albums ambient de haute qualité, mais ces derniers mois celui-ci a encore augmenté le volume et la qualité de ses sorties. Ce nouveau disque du musicien italien Federico Mosconi en constitue un parfait exemple aussi bien dans le fond que dans la forme. Fondé comme son titre l’indique sur une dichotomie « Light not Light » propose une alternance entre mouvements et immobilisme, saturations électroniques et jeu cristallin de guitare acoustique. Mosconi exécute sur chacun des sept titres, un travail de sound design impressionnant, dans lequel l’expérimentation laisse toujours place à l’émotion.
J’aime assez bien le commentaire de Ryan Keane, boss du label Lost Tribe Sound sur la page bandcamp du disque, qui compare cette musique à un Wolfgang Voigt qui se serait retiré sur les côtes Italienne ou Espagnole et se serait mis à la guitare.

Mikael Lind – Contingencies

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Mikael Lind, musicien suédois installé en Islande, n’en est pas à son premier coup d’essai, puisque sa musique est déjà parue sur des labels respectés tels que Polar Seas, Morr Music ou Time Released Sound. Mais c’est avec ce nouvel album sorti sur Archives que je découvre sa musique. C’est parfois en observant la pochette d’un album que l’on a envie de découvrir une musique, et pour ma part c’est cette superbe photo d’Alexander Kopatz qui m’a poussée à écouter puis à acheter ce cd.
A l’image de cet artwork somptueux, la musique du suédois nous plonge dans un univers vaste et sublime. Principalement construit autour d’improvisations jouées à l’aide de différents pianos, Contingencies est d’une justesse de jeu assez rare. La parfaite maîtrise de l’espace et des silences dans ces morceaux donnent une profondeur remarquable à l’ensemble. Au delà du piano, ce sont les manipulations électroniques qui donnent corps à cet album ambient qui me rappelle l’univers de l’excellent Jason van Wyk.

Un album à écouter seul, de préférence en pleine nature.

bvdub – Explosions in Slow Motion

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Comment peut-on être un musicien prolifique, sans pour autant perdre en qualité ? bvdub détient la réponse a cette question, puisqu’il ne cesse disque après disque de témoigner de ses qualités de producteur hors pair. Peu après la sortie d’Heartless, son dernier album chez n5MD, l’américain a quitté la Californie pour partir s’installer à Varsovie. Cette période de quelques mois passée en Pologne a été humainement très difficile pour Brock Van Wey, qui s’est retrouvé dans une situation d’isolement quasi-totale du monde extérieur. C’est en hiver, depuis son appartement polonais qu’a été conçu ce nouvel album puissant, probablement le plus triste de sa carrière.
Composé de quatre vignettes (dénommées Ember) et de quatre longues formes propres à l’univers de bvdub, d’une durée de 80 minutes, cet album développe une atmosphère singulière et nostalgique dont seul bvdub a la clé. Les nappes de synthétiseur sont plus puissantes que jamais sur ce nouvel opus, et l’utilisation de violons comme sur le titre à la beauté désarmante, Disappearing in the Sun viennent contribuer à forger un monolithe à la dimension quasi infinie.
La musique de bvdub parle au coeur, et Explosions in Slow Motion vient apporter une nouvelle pierre à l’édifice de l’inégalable carrière de l’artiste.

n5MD sortira l’album le 22 Février, en version cd digipak, et double vinyle colorée à l’artwork particulièrement soigné.

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Best Albums of 2018

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Aaron Martin – Touch Dissolves (iikki)

Ian Hawgood – 光 (Eilean / Home Normal)

Wanderwelle – Gathering of the Ancient Spirits (Silent Season)

Tangent – Approaching Complexity (n5MD)

Endless Melancholy – Fragments of Scattered Whispers (Dronarivm)

Low – Double Negative (Sub Pop)

Ian Hawgood, Danny Norbury  – Faintly Recollected (Home Normal)

Ben Chatwin – Staccato Signals (Village Green)

bvdub – A Different Definition of Love (Dronarivm)

Niklas Paschburg – Oceanic (7K!)

Zinovia Arvanitidi – Ivory (Kitchen. Label)

The Green Kingdom – Seen and Unseen (Sound in Silence)

Kyle Bobby Dunn/Wayne Robert Thomas – The Searchers/Voyevoda (Whited Sepulchre)

Christina Vantzou – No.4 (Kranky)

Jan Wagner – Nummern (Klangbad)

Aaron Martin – A room now empty (Preserved Sound)

Resina – Traces (130701)

r beny – eistla (self released)

ASC – Astral projection (Horo)

Rivulets – In our circle (Talitres)

Eli Keszler – Stadium (Shelter Press)

Markus Guentner – Empire (A Strangely Isolated Place)

Grouper – A Grid of Point (Kranky)

A Veil of Water – Late Night Loneliness (Hidden vibes)

Manu Delago – Parasol Peak (One Little Indian)

Great Lake Swimmers – The Waves, the Wake (Nettwerk)

Halftribe – For the Summer or Forever (Dronarivm)

Lissom – Lissom (Whales records)

Illuminine – #2 Reworks (Dauw)

Cyril Secq + Sylvain Chauveau – Minimal Guitar (Eilean)

 

Best track and video of the year:

Tambour – Silhouettes (Moderna)

Endless Melancholy – Fragments of Scattered Whisper

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Fragments of Scattered Whispers est le sixième album d’Endless Melancholy, projet de l’artiste Ukrainien, (et responsable du label Hidden Vibes), Oleksiy Sakevych.

Depuis le début des années 2010, Sakevych a su développer une musique ambient électronique bien à lui, en suivant une ligne directrice fondée sur l’expression de la mélancholie, comme l’atteste le nom de son projet. Sur Fragment of Scattered Whispers, qu’il vient de sortir sur l’excellent label russe Dronarivm, Sakevych peaufine sa maîtrise des atmosphères électroniques teintées de manipulations de bandes magnétiques et de mélodies douces jouées au piano. A l’écoute des ritournelles développées sur « Postcards », ou d' »Her Fragrant Beauty », l’on ne peut que s’immerger profondément dans cette atmosphère délicate et laisser libre court à notre imagination.

Pour ce disque, Sakevych s’est adjoint les services de Krzysztof Sujata (musicien ambient derrière l’alias Valiska) qui apporte une patine unique à l’ensemble en prenant en charge le mixage et le mastering.

L’artwork est signé par un habitué et grand supporter des musiques néo-classique et ambient, Gregory Euclide.

Un des albums de l’année.