r beny – echo’s verse

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Véritable expert de synthèse sonore, le californien r beny a réussi en seulement cinq albums à se forger une place parmi les plus passionnants musiciens ambient contemporains. Pour sa deuxième sortie sur Dauw, r beny insuffle toujours une approche mélancolique à sa musique, mais l’expression des sentiments de tristesse et d’isolation, est remplacée cette fois par la manifestation des connexions entre les êtres et l’éloignement de la solitude.
Cet album est donc le reflet d’un sentiment d’apaisement chez l’artiste, qui a souhaité ici explorer le concept de l’écho, reflet de la communication entre être humains. Ce concept transposé à la production musicale a amené le musicien à utiliser l’effet delay sur l’ensemble de l’album.

If you play a simple piece of music through a delay, the original sound echoes around itself and creates a beautiful new sound. Without the echo, the sound is just by itself. A lonely sound.

Cette mise en relation du son original et de son echo produit par le delay donne toute sa force à l’album, qui réussit en une trentaine de minute à apaiser et à manifester un sentiment de sérénité puissant. Echo’s verse a vraiment été mon « go to sleep » album de ces dernières semaines, et je ne peux que vivement le recommander à tout fan de musique ambient.

Ben Rath – Any Given Moment

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Le britannique Ben Rath, apparu relativement récemment sur la scène ambient, en est déjà avec ce Any Given Moment à son huitième long format. Le musicien a attiré mon attention, sous son alias Slow Heart Music avec lequel il a sorti deux très bons albums de guitares acoustiques sorties sur les labels Eilean et Whitelabrecs. Il s’agit aujourd’hui de sa deuxième sortie sur Whitelabrecs, maison de disque du musicien Harry Towell (Spheruleus).

Bien que de nature expérimentale, cet album a su, très rapidement capter mon attention. On y entend un ensemble de morceaux qui semble tout à tour préalablement composés et partiellement improvisés. La 6 cordes de Rath occupe autant l’espace que ses drones ambient lumineux qui l’accompagnent, l’ensemble créant un univers onirique d’une grande légèreté. Les quatre longues pièces qui composent ce disque, s’enchaînent parfaitement, pour au final ne former qu’un long ensemble dans lequel l’on souhaite se replonger à souhait.

L’album est édité dans un luxueux packaging avec de très beaux clichés signés David Gonzales Fuster.

Offthesky – Illuminate

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L’excellent Jason Corder sort chez le non moins excellent label français Eilean, un nouvel opus electro-acoustique intitulé Illuminate. Comme son titre anglais l’indique, pour être éclairé, cet album l’est; notamment par la grâce de la harpe et de la voix de la musicienne Jaqueline Sophia Cordova, omniprésente sur l’album. A l’instar de Machinefabriek, Jason Corder fait partie de ces rares artistes très prolifiques à proposer à chaque sortie des productions inspirées dans lesquelles rien n’est laissé au hasard. Il est ainsi aujourd’hui l’auteur de 70 albums et eps.

Sur 10 titres, et presque une heure de musique, Offthesky développe une atmosphère onirique et lumineuse dans laquelle s’entremêlent une pléthore d’instruments joués par Corder et des musiciens invités et un sound design épuré dont l’artiste a le secret. Malgré la variété des instruments et les effets de synthèse employés, l’album conserve une approche minimaliste et une cohérence d’ensemble parfaitement maîtrisée.

Cet album est selon moi, un des tous meilleurs du compositeur américain, mais aussi une des pièces maîtresses du label Eilean. Disponible en cd et en édition de 200 exemplaires, il sortira le 5 mai prochain.

Kyle Bobby Dunn – From Here to Eternity

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From Here to Eternity est le premier LP du canadien Kyle Bobby Dunn en cinq ans. Le temps a passé très vite depuis le somptueux …and the Infinite Sadness (Students of Decay) qui avait hissé l’artiste au rang des plus beaux compositeurs de la scène ambient.  Mais cette attente est aujourd’hui largement comblée par cet ovni musical de près de trois heures. Le son unique du Montréalais prend toute sa dimension dans les longues compositions de « From Here to Eternity », qui insufflent une ambiance à la fois tranquille et oppressante. Souvent léger et humoristique dans l’appellation de ses morceaux « Zendel Holyday Hangover Toccata » ‘Videodrone des questions », Kyle Dunn l’est beaucoup moins dans sa vie et son approche de la musique. Sur ce nouvel album, l’artiste explore le conflit perpétuel de nos émotions et de nos conditions d’êtres humains, qu’il aborde notamment dans ce témoignage :

I’d go to escape and look at the Riviere des Prairies and Laval on the other side of the island. It’s incredibly beautiful, but it also filled me with hopelessness and a sense of unease. A lot of the tracks might do that to the listener.

Le drone ambient de Kyle Dunn est toujours aussi cinématique, l’on se sent à la fois proche observateur et placé en retrait de ses compositions éthérées. Certains morceaux sont munis d’une atmosphère légère et éclairée tandis que d’autres sont marqués par des monolithes sombres à l’ambiance pesante. Pour apporter de nouvelles approches à ses compositions, l’artiste a invité des artistes amis dont notamment Mark Nelson (Labradford, Pan American) et Thomas Meluch.

Cet album sera sans doute pour moi, le meilleur album ambient de l’année. Il est édité par le label américain Paste Inside the Present qui le propose en formats vinyle et cd très classieux.

anthéne – weightless

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Fondateur du label Polar Seas recordings, et du duo North Atlantic Drift, le canadien Brad Deschamps compose aussi depuis quelques années une ambient lumineuse sous le nom de plume anthéne. Ce nouvel album composé lorsqu’il attendait la naissance de sa fille, a été pensé comme un disque qui l’aiderait à s’endormir. Ce travail, très personnel dans son dessein, se ressent par sa simplicité et sa plénitude.
Les nappes de synthétiseurs, et boucles de guitares accompagnées de reverb et de field recordings donnent une dimension aérienne à l’ensemble, et nous plonge dans une atmosphère onirique propre aux meilleurs compositions de musique ambient. On est ici pas très loin du maître Brian Eno , notamment sur les titres puissants « coat of arms » et « wind catcher ». anthéne a réalisé ici un album d’une grande minutie avec une musique qui parle au cœur. Un ajout de choix dans l’univers du label Home Normal.

Federico Mosconi – Light not Light

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Le label hollandais Shimmering Moods sort des albums ambient de haute qualité, mais ces derniers mois celui-ci a encore augmenté le volume et la qualité de ses sorties. Ce nouveau disque du musicien italien Federico Mosconi en constitue un parfait exemple aussi bien dans le fond que dans la forme. Fondé comme son titre l’indique sur une dichotomie « Light not Light » propose une alternance entre mouvements et immobilisme, saturations électroniques et jeu cristallin de guitare acoustique. Mosconi exécute sur chacun des sept titres, un travail de sound design impressionnant, dans lequel l’expérimentation laisse toujours place à l’émotion.
J’aime assez bien le commentaire de Ryan Keane, boss du label Lost Tribe Sound sur la page bandcamp du disque, qui compare cette musique à un Wolfgang Voigt qui se serait retiré sur les côtes Italienne ou Espagnole et se serait mis à la guitare.

Mikael Lind – Contingencies

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Mikael Lind, musicien suédois installé en Islande, n’en est pas à son premier coup d’essai, puisque sa musique est déjà parue sur des labels respectés tels que Polar Seas, Morr Music ou Time Released Sound. Mais c’est avec ce nouvel album sorti sur Archives que je découvre sa musique. C’est parfois en observant la pochette d’un album que l’on a envie de découvrir une musique, et pour ma part c’est cette superbe photo d’Alexander Kopatz qui m’a poussée à écouter puis à acheter ce cd.
A l’image de cet artwork somptueux, la musique du suédois nous plonge dans un univers vaste et sublime. Principalement construit autour d’improvisations jouées à l’aide de différents pianos, Contingencies est d’une justesse de jeu assez rare. La parfaite maîtrise de l’espace et des silences dans ces morceaux donnent une profondeur remarquable à l’ensemble. Au delà du piano, ce sont les manipulations électroniques qui donnent corps à cet album ambient qui me rappelle l’univers de l’excellent Jason van Wyk.

Un album à écouter seul, de préférence en pleine nature.